samedi 11 octobre 2008

Visite du Bronx

Depuis quelques mois déjà, mon collègue albanais du travail me proposait de venir visiter le Bronx. Comme la plupart, j'avais comme seules images, celles des émeutes et d'immeubles ou voitures en feu. J'avais franchement de la peine à m'imaginer ce quartier. A part, comme une zone dangereuse et ressemblant plus à un quartier mal famé d'une ville sud-américaine, qu'à un quartier où il peut y faire bon y vivre. J'avais malgré tout pris le temps de me renseigner un peu via le routard, d'après la visite de Nath en aout et celle d'un collègue de Zurich en stage ici.

Parmi les informations que j'ai pu glaner, il s'agit d'un quartier qui tire son nom d'un suédois du nom de Bronck et qui fut le premier à coloniser ce endroit, à l'époque encore peuplé d'indiens. Par la suite, ce quartier est devenu partie intégrante de la ville de New York en tant que Boro. Question densité; plus de 1,3 millions de personnes y vivent, faisant du Bronx le comté le troisième le plus peuplé des USA.
La réputation du Bronx n'est pas la meilleure qui soit, et avant d'y mettre les pieds, je me demandais ce qu'il pouvait avoir à y voir, à part le Zoo, le jardin botanique et le stade des Yankees.

Aujourd'hui à midi, je prenais rendez-vous avec Anton, mon collègue, pour aller chez lui et après aller visiter le Zoo (qui me semble-t-il est le plus grand au monde).
Il avait bien précisé de prendre le bus express et qu'il viendrait me chercher à l'arrêt. Comme j'ai pas vraiment la plus grande des confiances en les bus US, j'ai quant même opté pour le métro que je maitrise bien mieux, et qui au moins, ne devait pas se retrouver avec une rame venant en sens inverse.
En changeant de ligne après être passé sur le Bronx, la première constatation fut qu'en effet, on se retrouve un des rares blancs au milieu d'une rame à la majorité noire.
Lorsqu'on est habitué à circuler dans une ville où la population est très mélangée, cela ne fait aucune impression d'être entouré de toutes sortes de nationalités et de races. Mais là, cela fait quant même bizarre de se retrouver le seul blanc, à part deux ou trois autres, et d'avoir parfois l'impression qu'on vous regarde comme un oiseau rare. Je me suis dit, effectivement on a toujours des aprioris sur les autres, même si on se dit ouvert sur le monde. C'est quelque chose qu'il faut toujours garder en mémoire et travailler si on visite un endroit où c'est vous "l'étranger".

Bref, arrivé à l'arrêt, personne. J'appelle, il me donne un rdv que je ne comprends pas. Bien sur, lui il est du quartier et moi sans plan, bonjour pour trouver la rue et le poste de police dont il me parlait. J'en profitais pour regarder autour de moi et pour prendre quelques photos, même si je faisais quant même plus attention que d'habitude.

Dans le Bronx, comme dans Queens et Brooklyn, les lignes de métros sont aériennes. En venant sur cet arrêt, j'avais déjà pu jeter un coup d'oeil aux alentours. Un mélange d'immeubles bas, pas forcément des plus récents et des rues surtout très tranquilles à la différence de Manhattan.

Vue sur le métro


Après nous être enfin retrouvés, nous sommes allés chez lui en voiture. Il conduit comme un tarré!!! Je lui ai sorti (pardon pour ceux qui se sentiraient vexés), qu'il conduisait pire qu'un italien ou un français. Il a coupé je ne sais combien de double-lignes, grillé des feux rouges, tourné sans clignoter, passé s'en s'arrêter à des stop et encore moins des céder le passage, coupé la route à va savoir combien de voitures, même en sens inverse tout au long de la journée. De quoi ressortir avec un retrait de permis pour quelques années et des milliers à payer ;-)

Sinon, arrivé en un morceau, je pouvais enfin découvrir ce Bronx dont il m'avait tant parlé.
Il vit dans un quartier situé vers, mmmh, l'est ? Un quartier résidentiel très sympa. Pas de grands immeubles ici. Uniquement des maisons à deux étages au maximum.
En entrant chez lui, j'ai eu l'impression d'être plongé dans une sorte de reliquaire albano-catholique. Des drapeaux albanais, des livres et films de même, des photos de famille, beaucoup d'images et représentations du Christ, de la Vierge Marie et va savoir quel autres saints exposés sur chaque centimètre disponible. Pour préciser, il vit encore avec sa mère, mais en fait c'est sa mère qui vit chez lui. Si j'ai bien compris l'histoire de famille, elle l'a rejoint après la mort du père en Albanie. La décoration de l'appartement ferait malgré tout penser au contraire, mais je me suis retenu d'en faire le commentaire.

Si je suis passé chez lui, c'est qu'en fait nous devions réserver notre vol sur la Nouvelle-Orléans dans une semaine. Lorsque je l'ai connu au travail et qu'il m'a demandé, deux semaines après l'avoir connu, si il pouvait m'accompagner à Montréal; je me suis dit: heu.. ouais.. bon molo là, ça fait deux semaines qu'on se connait et à force de le voir parler sans arrêt en albanais au téléphone; il me faisait plus penser à un mafioso organisant son trafic, qu'à un respectable travailleur d'une banque.
Et oui, encore un apriori stupide. Je m'en rends parfaitement compte. Alors, voilà, samedi prochain nous partons sur la Louisiane pour trois jours. Je me réjouis de découvrir enfin cette ville, même si je sais qu'en dehors du centre, les traces de Kathrina sont largement visibles. Je ne sais pas trop si je vais aller faire du tourisme voyeur dans ces quartiers. On verra sur le moment.

Sinon, pour parler d'Anton, après les premières impressions de rentre-dedans et son côté dragueur à deux balles, il s'est avéré être quelqu'un avec qui j'ai plaisir à parler. Plusieurs points m'y ont aidé. Il parle bien sur couramment anglais (cela m'aide oh combien beaucoup pour apprendre autre chose que le vocabulaire bancaire), albanais, mais il se démerde aussi super bien en italien, espagnol (il prend des cours et je lui fais réviser ses leçons) et pas mal le français. De quoi rendre vert de jalousie pas mal de monde.
Il y a quelques mois je l'ai aidé à revoir son CV, car il a comme idée de venir travailler en Europe. Comme je le mentionnais déjà, j'ai été très surpris de voir quelqu'un qui veut venir travailler dans notre vieille Europe, lorsqu'on sait la quantité qui rêve de venir de ce côté-ci vivre le rêve américain (mais avec la crise va savoir...).
Bon, avec son parcours professionnel, je pense qu'il n'aurait pas trop de problèmes, surtout qu'il a déjà travaillé pour la Deutsche Bank (qu'il prononce très bien en allemand) et d'autres banques ici à New York. Moi, qui de mon côté, m'imagine parfois un avenir quelque part aux antipodes.. il faut vraiment que je révise le tout.

Nous sommes également montés sur le toit et on peut y voir bien sur le Bronx, mais aussi au loin Manhattan et l'Empire State Building qui ressort très clairement au milieu.


Je n'avais encore jamais eu l'occasion de voir les toits aux USA à part à travers les films. Ici, c'est pas le choix qui manque tout autour.



Dans mon immeuble, je n'ai pas droit à la multitude d'avertissements et autres, mais ici cela rempli un bon bout du mur.


Le coin poubelles ( pas celles des rues mais des immeubles). Au moins ici, à la différence de Manhattan, elles existent. C'est peut-être la raison de ma surprise d'en revoir... enfin.


En traversant le Bronx, le métro est omniprésent. Même si vivre à côté ne doit pas être de tout repos, l'aspect industriel m'a pas mal plu.


A la différence de la Little Italy de Manhattan, celle du Bronx est considérée comme la vraie. Ici, on entend vraiment de l'italien, du napolitain et un mélange italo-anglais à chaque coin de rue. Les mamas sont bien présentes et le café a le GOUT à café et pas à cette chose brune, à laquelle j'ai droit tous les jours.




Le Bronx est simplement, en tout cas dans cette partie, un Boro tout à fait fréquentable et pas une zone laissée à l'abandon


Anton m'a expliqué que le quartier est aussi peuplé d'une grande quantité d'albanais, qui semble-t-il, ont également décidé de venir s'installer ici. Ce qui fait que vous aurez des échoppes, des restaurants et autres, soit italiens, soit albanais.


Le marché.
Ici, ça gueulait carrément en italien et en quelque chose qui me semblait être ce mélange italo-anglais déjà entendu.


L'huile d'olive à un prix prohibitif, mais directement importée.


Après Little Italy, Anton m'a amené voir ce qu'il appelle gentiment le "zoo". Dans le routard, j'avais lu qu'on pouvait faire une visite dans le Bronx en s'y rendant. En effet, cette rue, la Fordham Road, ressemble à tout sauf à New York, ou simplement le quartier d'où je venais de sortir, à peine à 10 rues de distance.

Ici, c'est les enseignes habituelles, mais surtout une quantité de vendeurs de toutes sortes et une foule incroyable. On revient ici dans le quartier afro-latino-américain.

Sur le Grand Concourse du Bronx




Un tunnel urbain sous le métro

Depuis ici, j'ai pris le dernier arrêt de la ligne 4, à Woodlawn. On est relativement proche de la sortie nord de la ville de New York. Dans le quartier se trouve également un immense cimetière, il me semble l'un des plus grands de la ville, et plusieurs parcs, plus grands que le Central Park.
Au passage, après être passés devant le cimetière, je lui ai posé la question de savoir où il aimerait se faire enterrer, ou au moins sa mère.. Je sais, la question peut sembler saugrenue, mais lorsqu'on a de multiples attaches, celle-ci peut avoir son importance. Dans le cas de sa mère, c'est où son mari repose, ce qui veut dire en Albanie. Dans son cas, il ne le sait pas encore, mais effectivement, cela arrivera surement plus tard, au fil des années, famille aidant, etc...

Sinon, en prenant cette photo, ce que j'ai aimé, c'est l'impression de "rentrer" dans New York. C'est une chose à laquelle je n'ai jamais réellement été confrontée, car je suis arrivé presque chaque fois par avion, et bien sur il y a moins ce sentiment de passer une limite... La raison de sentiment ? Je l'ignore moi-même.


Une gare pour les rames de métro. Ici, on ne voit qu'une toute petite partie, mais l'ensemble fait plusieurs centaines de mètres de longueur.

En tant normal, je ne me serais pas arrêté pour prendre la photo, mais en voiture cela posait moins de problèmes. Ici, il n'y a rien.. Juste le métro, la gare du métro et des bâtiments commerciaux tous fermés et souvent d'en un piteux état. Ce quartier semble en partie abandonné et franchement lugubre.


Ecole avec terrain de jeux

De retour sur la Fordham Road


J'aurais bien voulu m'arrêter pour prendre des photos, mais tout compte fait, je sais pas si cela aurait franchement bien passé.




Et le vrai zoo, que pour finir, je n'aurai pas visité.
Je préfère avoir pu changer d'avis sur le Bronx. Découvrir que ce n'est pas uniquement un quartier dangereux et inhabitable. Il y a bien sur des problèmes; le niveau de vie y est bien plus bas qu'ailleurs, l'insécurité est une réalité et certains quartiers sont à éviter, mais, Anton m'a raconté, qu'après plus de 11 ans sur place, il n'avait jamais eu de problèmes et à force, on ne regarde plus cela autrement que comme faisant partie d'une autre facette de cette immense ville (plus de 1000 km2...).


Pour rentrer, j'ai pris le bus express et je ne suis pas mort écrasé par le bus retourné; mais au contraire, je suis arrivé chez moi en moins de temps que je ne le pensais. On en apprend chaque jour...