Avec Valery, un russe de Sibérie (c'est exotique à mes yeux) récemment connu, j'ai réservé les billets de bus de Chinatown pour y aller. En réservant, je me suis demandé à quoi pouvait ressembler les bus de cette compagnie, offrant des tarifs moitié prix que ceux de la concurrence. Aurais-je des poules et des cochons à côté de moi, il y aurait-il de la musique chinoise pendant le voyage et me faudrait-il prendre un dictionnaire mandarin-anglais pour comprendre les explications données par le chauffeur?
A 9h30 du matin, par une matinée bien couverte, l'Empire State Building jouant à cache-cache entre les nuages, une légère bruine rafraichissante et malgré tout une température printanière, arrive le bus à l'arrêt plus ou moins improvisé sur le côté du Madison Square Garden.
Pour pouvoir monter dans le bus (au kilométrage bien avancé), il fallait non seulement avoir imprimé le billet, mais en plus l'avoir signé et avoir une pièce d'identité à disposition. En présentant mon billet au chauffeur, la seule chose qu'il a semblé avoir contrôlée, c'est si mon billet était bien valable pour ce voyage. Je n'avais pas signé mon billet et je n'ai pas eu besoin de présenter ma carte d'identité. Les cinq lignes de règles édictées sur le billet ne servent donc pas à grand chose.
Je m'attendais à me retrouver dans un bus ressemblant à un frigo, comme c'est l'habitude ici, mais non. Pas d'air pour ainsi dire, alors comme le bus était plein, c'est assez vite qu'on a dû enlever une à une les couches d'habits. Les deux premières heures du voyage, banal, les gens dormant à moitié, un gosse braillant derrière moi, Valery dormant, moi à moitié assommé par la chaleur. C'est passé Baltimore que le voyage a commencé à ressembler à un film qui aurait pu avoir comme titre "le bus qui ne savait pas où aller".
Comme c'était en même temps le G20 (question de parler de la crise), je m'attendais bien à des contrôles en arrivant en ville. En fait, ce fut d'abord un bouchon qui semblait interminable, jusqu'au moment où nous avons vu qu'une simple voiture de flic obligeait tous les véhicules à quitter l'autoroute pour prendre une sortie qui n'indiquait aucune direction.
A peine sortis de l'autoroute, une passagère se trouvant sur la première rangée se retourne vers nous et dit d'un air très sérieux: Est-ce que quelqu'un aurait un GPS ou une carte car le chauffeur ne sait pas où nous sommes ? Oui, un GPS ou une carte? C'est pas une blague !
A l'entendre difficile de ne pas rire et de regarder les autres passagers qui semblaient tout aussi surpris que moi.
En arrivant au premier carrefour, le conducteur a en effet, avec un accent chinois prononcé, demandé la direction pour Washington. A droite! Ok, nous voilà roulant sur une route secondaire, au milieu des arbres, puis traversant des champs, des vallons, par-ci par-là des fermes identiques aux films, des vaches fribourgeoises étonnées de voir autant de circulation par ce qui doit normalement être une tranquille campagne du Maryland. Moi, en bon touriste, je trouvais la balade improvisée assez cool.
Après à peine un ou deux miles, rebelotte pour un bouchon. Toutes les voitures sorties de l'autoroute étaient à nouveau bloquées sur un carrefour au milieu de nul part. La pluie, à ce moment là, s'est déchainée, les feuilles se sont mises à voler et le ciel s'est assombri soudainement. A quel film de Stefen King cela pouvait-il bien ressembler, me suis-je demandé ?
En tout cas, hilarant de rouler à moitié à l'aveugle, le chauffeur se faisant guider par la voyageuse, qui pour être sure qu'il comprenne bien ses indications, se levait à chaque fois et faisait des grands mouvements avec son corps et ses bras pour indiquer la route.
Un passager a dit à ce moment là: mais c'est pas la bonne route! Une passagère devant moi qui se retourne les yeux grands ouverts et à la crainte bien visible. Lui : mais non c'est une blague! Mais oui.. ok, on verra bien.
Après quelques virages, de nouveaux embranchements perdus en pleine nature, voilà qu'apparaissent les premiers bâtiments annonçant l'entrée dans la banlieue de Washington D.C.
Pour ma part, je me suis dit, mais c'est pas si terrible que cela, restons positifs, c'est une sorte d'escapade non annoncée, une sorte de découverte des quartiers populaires de la capitale. Valery pour sa part ne semblait pas voir la chose de la même manière ;-)
C'est pour finir une heure et demie plus tard que prévu que nous avons enfin vu apparaître, dominant toute la cité, le Capitole. Lui impossible de le râter. A la vision du bâtiment, une sorte de relâchement de l'ambiance tendue des dernières minutes, se fit palpable. Les premières vestes furent remises et après quelques nouveaux virages dans des quartiers à moitié détruits, nous voilà débarqués dans Chinatown (qui est le quartier le plus animé de la ville si vous voulez y aller).
Le temps n'était pas franchement très motivant, mais au moins il ne pleuvait pas. Départ pour le Capitole. Petit détail sur la ville. J'ai entendu que le centre est très "white" et que le reste est très "dark" (façon diplomatique pour ne pas dire "noire") et pas forcément à visiter.
Après cette nouvelle averse, voilà enfin le soleil et un superbe double arc-en-ciel aux couleurs d'une intensité rarement vue et semblant sortir du toit de ce bâtiment
En ce qui concerne le G20, en dehors d'une rue bloquée par une triple rangée de barrières et des voitures de flics présentent à chaque coins et parfois des voitures de diplomates, rien de spécial. Très loin d'un G8 2003 dans les rues de Genève (vous vous rappelez; cette odeur de sapin dans les rues basses ?).
Le retour lui, s'est déroulé selon l'horaire et cette fois dans un frigo ambulant. C'est veste, écharpe et bonnet qu'il fallut enfiler pour supporter les 4 heures nécessaires pour revenir sur la grande pomme.
L'arrivée depuis le New Jersey, avant de passer le tunnel de Lincoln, offre une vue époustouflante sur Manhattan. L'Empire State Building peut se voir à des kilomètres de distance. C'est encore une fois où je me suis rendu compte du gigantisme de cette ville. Qu'il me faudra bientôt quitter....