mardi 14 octobre 2008

China Institute et Upper East Side

Après la religion musulmane et la parade "italienne" de hier, ce soir je suis monté voir une exposition temporaire à l'institut chinois dans Upper East Side.

Il s'agit d'une petite exposition d'œuvres faisant partie de la collection du dernier empereur Puyi. Elles ont été récupérées par l"Armée de libération populaire de Chine" à la fin de la guerre en 1945, après la fuite de Puyi du Mandchoukouo (Mandchourie sous l'occupation japonaise) à l'arrivée de l'armée rouge.
Ces œuvres, sont pour les plus anciennes du début du 15ème siècle, les plus récentes du 18ème. J'ai été impressionné par la recherche du détail. Sur ces photos, il s'agit d'une surface d'environ 10x10 cm à chaque fois. Pour certaines peintures, il faut presque y aller à la loupe pour voir les motifs des habits, les tuiles des maisons etc... et qui ont été peints avec une précision presque photographique. Impressionnant.

Dommage aussi que je ne sache pas le chinois, j'aurais bien voulu comprendre le texte des poèmes et récits des les différents rouleaux exposés.






Sinon, en sortant je me suis retrouvé dans Upper East Side. Je commence à bien connaitre ce quartier, car la plupart des musées que j'ai visités ou prévus de visiter s'y trouvent.
C'est encore le centre ville sur Lexington, mais là, il n'y pas les immenses buildings, mais plutôt des immeubles de 5 à 7 étages. Les rues transversales sont bordées d'arbres, les immeubles ont de petits jardinets, il y a une quantité incroyable de boutiques, de galeries d'art, de petits magasins, des restaurants et autres. C'est un quartier où je m'y verrais bien vivre.. si évidement les loyers à New York n'étaient tout simplement démentiels.. Je vous l'accorde. C'est aussi un quartier qui donne l'impression d'une "plus" petite ville, tout en étant à 3 arrêts de métro de la 5ème ou de Grand Central.
Super central, tout en étant déjà très différent. C'est ce que j'aime à New York, c'est qu'il suffit de faire parfois une courte distance, pour se retrouver dans un tout autre quartier où l'architecture, les gens changent du tout au tout.

Je me suis dit qu'il faudrait que j'y retourne, mais je sens que le temps va me manquer. Pour aller prendre quelques photos et ainsi compléter ma collection d'images de la ville. J'ai envie de non seulement prendre les endroits que tous visitent, mais aussi d'en montrer une autre image.
Au travail, lorsque je parle des visites, celles qui font réagir tout d'un coup les collègues, c'est lorsque je "sors" de Manhattan et que je vais, dans ce qui est à leur yeux, le "vrai" New York, c'est-à-dire Queens, Brooklyn ou le Bronx.
Bien sur, chacun y va de son argument et chacun veut démontrer que son quartier est plus représentatif de New York et surtout des new yorkais. Si je devais suivre tous les conseils entendus, il me faudrait prendre un mois de vacances pour me faire chaque jour un nouveau quartier.. Bon, là je crois que même en négociant, je doute que le travail m'accorde des vacances que je classifierais dans la catégorie : "Découverte du vrai New York; comment démontrer que la ville n'est pas seulement livrée aux spéculateurs de Wall Street, mais qu'elle a une âme encore très vive dans ces quartiers souvent peu touristiques..." Mon collègue Alonso s'est justement un peu emporté aujourd'hui, après lui avoir montré les photos du Bronx, car il m'a dit qu'auparavant, Manhattan était pareil et que sans ces "desgraciados" de la finance, la ville serait encore pareille à ces quartiers. Oups.. Je ne pensais pas que ce sujet puisse être aussi sensible. Bon, je ferais de même si demain, on se mettait à construire des buildings à la place des immeubles de la rade de Genève.. Mais, à mes yeux, tout n'a pas disparu sous les buldozers, et Manhattan offre encore et toujours un sacré mélange de neuf, vieux et délabré comme toute ville de cette taille et avec un pareil passé.

Je vais quant même tenter d'aller dans le quartier de Williamsburg, Jackson Heights, à nouveau le Bronx et je sais plus quoi encore. Il faudrait presque que je me lève un samedi à l'aube pour faire d'un coup deux ou trois quartiers, mais vous me voyez me lever un samedi à 7heures ? ... ;-)
Je ferai ce qui est encore possible pendant les week-ends qui me restent en ville, pas beaucoup en fait.. :-(

lundi 13 octobre 2008

Columbus Day Parade(s)

Je sais, je vous arrose presque quotidiennement d'un nouveau message, mais si j'accumulais ceux-ci, vous n'auriez non pas 4 ou 5 pages à lire, mais au moins 25 à chaque fois. Cela permet aussi à ceux qui n'auraient plus rien à faire au travail, d'utiliser le temps perdu à découvrir la Grande Pomme virtuellement ;-)

Aujourd'hui lundi, je me suis gentiment planté en allant voir la Columbus Day Parade, que j'ai confondu avec l'autre parade, l'Hispanic Columbus Day Parade et qui a eu lieu hier après-midi en même temps que la parade musulmane. J'ai cherché sur internet les dates et lieux et bon, je suis à chaque fois tombé sur la Columbus Day Parade, mais à Denver au Colorado... C'est seulement ce matin, que j'ai enfin découvert, que celle que je voulais voir était déjà passée...
Je me suis dit, bon allons quant même la voir tout en me disant que j'aurais surement quelques photos sympas à prendre.

Cette/ces parade(s), qui existe(nt) depuis quelques centaines d'années, fête(nt) bien évidement la découverte de l'Amérique par Christophe Colomb le 12 octobre 1492. Elle(s) est/sont par contre parfois sujette à polémique.
Ici à New York, on veut fêter la découverte du continent et l'apport des différentes cultures qui l'ont peuplé au fil des siècles. C'est même un jour férié fédéral, même si à la bourse ou par exemple chez nous, il fallait tapoter sur son clavier comme chaque jour.
Dans d'autres pays d'Amérique latine, on l'appelle "Dia de la Raza" voire "Dia de la Resistencia Indigena" comme au Vénézuela. Pour ce qui est de ce dernier pays, c'est Chavez qui en a changé le nom, car comme vous le savez (surement) tous, il base ses idéaux sur ceux de Simon Bolivar, grand libérateur de presque tous les pays andins, c'est-à-dire, le Vénézuela, la Colombie, l'Équateur, le Pérou, la Bolivie et enfin Panama.
Pour ceux qui voudraient en apprendre un peu plus sur le sujet, voici quelques lien utiles: http://fr.wikipedia.org/wiki/Simon_Bolivar en français, http://www.geocities.com/Athens/Acropolis/7609/index.html en español et enfin http://de.wikipedia.org/wiki/Sim%C3%B3n_Bol%C3%ADvar en deutsch.

Bref, la journée fut fêtée hier par les latinos en souvenir de cette découverte, je ne l'ai pas vue, mais plus bas j'ai un commentaire sur ces festivités, en partie aidé, sans qu'il le sache, par un collègue qui m'a beaucoup éclairé sur le sujet.

Sinon pour ce qui est de la Columbus Day Parade, en arrivant sur la 5ème, juste à côté de Central Park, ce qui me frappa en premier, c'est la multitude de drapeaux italiens, d'italiens et surtout en regardant la parade, de groupes, loges, lyres et entreprises tous aux couleurs de la péninsule. Je me suis dit, bon, on les a mis par origine et cela va surement changer. Au bout d'une demie-heure et voyant l'heure de mon retour au travail arriver (c'était ma pause lunch), je n'aurai vu que du vert, blanc et rouge et rien d'autre. Au passage, en prenant une photo, un mec visiblement accompagné de sa "mama" (c'est un m ou deux ?), m'a directement demandé d'où j'étais. D'abord surpris de me faire poser pareille question, je lui réponds au plus simple: suisse. C'est là qu'il me dit en italien (j'avais fait de même): et vous vivez au Vatican?. Moi: au Vatican??? euh.. pourquoi ??? Lui : mais parce que vous êtes suisse ! Moi : oui, mais encore ? Lui: et les gardes suisses ? Moi: aaah.... Lui : je fais toujours ce gag aux suisses et cela les surprends toujours autant, ahahah.. Moi: oh oh oh... Bref, franchement un gag à comprendre au 31ème (mon étage) degrés...

Alors, j'aurai vu beaucoup de drapeaux italiens et rien d'autre. Une collègue sicilienne au travail m'a expliqué que comme Colomb était italien, alors les italiens se sentent comme héritiers d'une histoire fabuleuse etc.. Je ne verrais pas cela de la même manière, mais j'y reviens après les photos (au moins vous y jetterez un coup d'œil ;-) )


Sans mon drapeau italien, je faisais presque tache au milieu de la foule





La Ferrari ne pouvait manquer

Clown et Italie. Expliquez en moi le lien ?

Une vue imprenable pour le flic posté dans sa cabine

Une loge parmi d'autres







On m'a raconté que ce même mec et son chien "fashion" étaient également présents hier après-midi. Au moins pas de risque de perdre son chien. Maman, tu veux pas teindre Twisty en rose bonbon ?






Alors voilà, je voulais avant tout voir l'Hispanic Columbus Day Parade. La raison n'était pas d'aller brandir un drapeau chilien et espagnol, mais surtout de voir à quoi pouvait bien ressembler les festivités en souvenir de ce jour d'octobre 1492. Si on regarde l'histoire, la découverte de l'Amérique c'est avant tout la disparition d'au moins deux Empires (Inca et Aztèque), la mort de millions d'indiens, l'esclavage des survivants dans les mines ou au mieux dans les champs et de nos jours, un mépris (très) fort de tout ce qui peut être indien. Même si cela ne se dit pas haut et fort politiquement, il n'y a qu'à voir la condition des indiens au Mexique, dans les pays andins (même si au Pérou et Bolivie le fait d'avoir un président indien est censé y changer quelque chose.. mais j'en doute) ou au Chili où les Mapuches se révoltent encore de nos jours dans leur région, pourtant considérée comme terre natale (le gouvernement en parle, mais à ce jour, ne fait encore et toujours pas assez et je pense que cela devrait également être posé comme objectif primordial pour le pays, afin d'assurer à tous le même avenir digne. Un peu de politique au passage...).

Je suis également en train de lire un livre intitulé : L'homme qui voulait voir Mahona d'Henri Goudaud (merci maman :-) ). Dimanche, pendant la parade hispanique, je lisais justement un passage très agréable d'un vieillard brûlé vif, car incapable de donner des informations sur la présence d'or. Très sympatique mais malheureusement aussi triste vérité. J'ai donc eu de quoi y réfléchir ce 12 octobre de 2008.

Sinon, le nom même de la parade m'a interloqué. Pourquoi Hispanic? Si je traduis, on fait référence à l'Espagne. Je me suis déjà posé cette question, dès début octobre, lorsque j'ai vu sur les chaines latinos de New York et même au travail lors d'une conférence sur le sujet, que ce mois est considéré comme celui où on se souvient aux USA, de l'apport des latinos dans la culture américaine. Le nom est pour moi mal choisi. Encore plus, lorsque j'ai eu l'occasion de voir certaines émissions qui décrivaient l'histoire des Mayas, des Incas, des Aztèques voire des Mapuches - très surpris lorsque j'ai vu ce dernier reportage - mais sans faire de références aux espagnols. C'est donc là que je me suis aussi rendu compte, que le nom même d'Hispanic, contredisait le message passé en prime-time.
Comme je ne savais pas trop où chercher des informations sur ce mois (j'en ignorais l'existence même jusqu'à il y a 3 semaines), j'en ai parlé avec Alonso au travail.
Alonso est arrivé à 17 ans depuis l'Honduras, est sorti pendant quelques années avec une chilienne et est marié actuellement avec une colombienne. Il m'a dit, qu'en fait les américains n'ont des latinos que l'image suivante colportée par les télévisions latinos. Je cite : "les américains voient les femmes comme ayant toutes des corps de mannequins, aux seins (tetas en espagnol) prêts à bondir du soutien-gorge, aux jambes interminables, aux cheveux longs, aux lèvres pulpeuses et rouges à l'extrême et aux déhanchements érotiques. Quant aux hommes; tous sont grands, musclés, châtains-blonds et à la peau claire. Dernier point commun aux deux sexes: tous les latinos savent danser la salsa comme des Dieux, à en croire que cela est génétique..."
Lui, il m'a dit qu'il s'estime déjà heureux de savoir marcher et que ce n'est pas avec lui qu'une femme se sentira emportée dans une danse frénétique.
A la description, du latino-type version US, j'ai franchement éclaté de rire au bureau (et vu le silence qui y règne on a du m'entendre très loin), mais en fait, c'est exactement ce que je vois chaque jours, principalement lors de l'émission "Buenos Dias America". J'ai souvent été surpris de voir les deux présentateurs danser une salsa, tout en faisant des commentaires sur la/le partenaire et de faire le tout dans le studio, sur le toit d'un immeuble de Brooklyn, voire une fois depuis le Bronx. Lors de cette émission spéciale "Puerto Rico"; la présentatrice dansait entourée d'une meute de mâles hurlants pour ainsi dire derrière elle.

L'image qui en découle, c'est que latino égale: corps divin, sourire jusqu'aux oreilles et surtout corps élastique apte à toutes les positions, même les moins avouables.
Ce qui finit par choquer, c'est que derrière cette image joyeuse des latinos, si vous regardez où se situe le niveau des "mexicanos" à New York; cela se limite à votre caissière, votre femme de ménage, au plongeur ou nettoyeur d'un restaurant, à l'éboueur, au maçon d'un gratte-ciel voire au mieux à votre gardien d'immeuble (comme chez moi).

Résultat, je ne sais toujours pas vraiment en quoi la parade hispanique pourrait changer l'idée du latino, encore moins lorsque celui-ci ne cadre pas avec l'image véhiculée par la télévision. Les latinos, donnez-moi svp votre opinions!

Un autre sentiment parfois étrange, que j'ai ressenti depuis que je suis arrivé, c'est de ne pas vraiment savoir comment m'identifier lorsqu'on me pose la question; si je me sens suisse, suisse-francophone, suisse-allemand ou latino. J'ai franchement eu plusieurs fois de la difficulté à y répondre. Si je tente de lire en moi-même, je me sens en effet suisse, un mix entre le genevois hors-sol à Zurich, zurichois avec une sacré touche de romand en plus, mais aussi par la langue et la culture, chilien, donc latino. A cela de rajouter un nom de famille qui fait ouvrir grand les yeux à mes collègues. Lorsque je tente d'expliquer qu'un "lointain" ancêtre est parti, depuis ce qui était encore l'Empire austro-hongrois mais en Dalmatie, pour chercher une vie meilleure en Amérique du Sud, il y a de quoi en déconcerter plus d'uns... Moi aussi parfois il faut dire.

En continuant à écrire à propos de culture, je vais essayer de (re)trouver à la Nouvelle Orléans ce qui peut bien rester de l'époque française. Je voudrais bien entendre le cajun, mais je ne sais pas vraiment si cela est encore possible en ville. Il me semble que certaines communautés existent encore en Louisiane, mais pas forcément à porté de main, mais plutôt à porté d'un clic de souris...

dimanche 12 octobre 2008

Parade musulmane sur Madison Avenue

A New York, je ne sais pas combien de parades ont lieu pour ainsi dire chaque week-end. Depuis mon arrivée, j'ai eu droit à la parade portoricaine, indienne, amérindienne, Pride, coréenne, etc.. mais c'est la première fois que j'entends parler d'une parade basée sur une identité religieuse. C'est vrai qu'ici dans la city, je n'ai que très rarement vu des musulmans, dans les sens qui porteraient des habits qui permettraient de les reconnaitre. J'ai entendu que cette minorité est plus présente dans Queens, dans Brooklyn ou par exemple dans le Bronx hier où j'ai vu la première mosquée depuis mon arrivée.
Les autres religions sont bien plus visibles en ville, les chrétiens bien évidement et quelques synagogues.


Comme je ne pouvais pas vraiment m'imaginer à quoi pouvait bien ressembler une parade musulmane ( en dehors du pèlerinage à la Mecque), j'ai profité du fait qu'elle avait lieu juste à côté de chez moi, avec le "village" en dessous des fenêtres de mon travail sur le Madison Square Park, pour m'en rendre compte de mes propres yeux. En plus, avec le soleil radieux et la température en ce jour d'été indien, un crime de rester enfermé.

Pendant la parade j'ai pu avant tout constater la grande présence de drapeaux US, j'imagine pour bien rappeler, que bien que musulmans, tous se sentent comme faisant partie intégrante du pays.

En premier, les flics de New York

Puis le défilement des drapeaux des pays où la religion est j'imagine (le plus) présente.



J'ai apprécié de voir la police de New York défiler, même si ils n'étaient pas beaucoup, cela donne effectivement un aspect multiculturel de celle-ci



Après, ce furent une série de groupes, pour la plupart de Queens et de Brooklyn, qui défilèrent




Au passage, un souvenir de notre enfance




Là, où la situation s'est corsée, c'est lorsque la parade est arrivée à l'hauteur d'un groupe de "fanatiques" qui, entre cris et panneaux ont clairement fait comprendre que l'Islam à leur yeux ne peut être qu'une menace pour les USA. Parmi ceux qui tentaient de faire passer ce message, cette blonde.. J'aurais bien voulu lui mettre un bouchon dans la bouche pour lui fermer son clapet.
Sa haine, très claire, de l'Islam m'a énervé. Et je crois que je n'étais pas le seul. Lorsque certains groupes sont passés devant elle, l'échange verbal a tourné à l'agression mutuelle, et c'est là que je me suis à nouveau rendu compte à quel point les humains cherchent la haine, là où ils devraient chercher la paix.
C'est encore plus choquant, lorsqu'on voit une minorité demander le respect et la compréhension de ses différences et d'avoir comme réponse une agressivité gratuite.

Pour finir, cette blonde a attiré les regards, les cris, les télévisions et les photographes comme moi, mais sa présence et celle de ses acolytes m'a pour finir fait pitié. Je me suis dit, tu n'y connais rien et tu ne sais répondre que par la violence. Belle image de la société ouverte dans laquelle nous sommes censés tous vivre.







Petit échange de politesse... main levée..


Lorsque le groupe musulman de la police est passé ici, c'est le seul moment où ces contre-manifestants n'ont plus rien fait. Comme quoi, la peur de l'autorité a du bien ;-)


J'ai trouvé plus intéressant les message affichés lors de la parade. Les musulmans sont aussi vicitimes dans certains pays




samedi 11 octobre 2008

Visite du Bronx

Depuis quelques mois déjà, mon collègue albanais du travail me proposait de venir visiter le Bronx. Comme la plupart, j'avais comme seules images, celles des émeutes et d'immeubles ou voitures en feu. J'avais franchement de la peine à m'imaginer ce quartier. A part, comme une zone dangereuse et ressemblant plus à un quartier mal famé d'une ville sud-américaine, qu'à un quartier où il peut y faire bon y vivre. J'avais malgré tout pris le temps de me renseigner un peu via le routard, d'après la visite de Nath en aout et celle d'un collègue de Zurich en stage ici.

Parmi les informations que j'ai pu glaner, il s'agit d'un quartier qui tire son nom d'un suédois du nom de Bronck et qui fut le premier à coloniser ce endroit, à l'époque encore peuplé d'indiens. Par la suite, ce quartier est devenu partie intégrante de la ville de New York en tant que Boro. Question densité; plus de 1,3 millions de personnes y vivent, faisant du Bronx le comté le troisième le plus peuplé des USA.
La réputation du Bronx n'est pas la meilleure qui soit, et avant d'y mettre les pieds, je me demandais ce qu'il pouvait avoir à y voir, à part le Zoo, le jardin botanique et le stade des Yankees.

Aujourd'hui à midi, je prenais rendez-vous avec Anton, mon collègue, pour aller chez lui et après aller visiter le Zoo (qui me semble-t-il est le plus grand au monde).
Il avait bien précisé de prendre le bus express et qu'il viendrait me chercher à l'arrêt. Comme j'ai pas vraiment la plus grande des confiances en les bus US, j'ai quant même opté pour le métro que je maitrise bien mieux, et qui au moins, ne devait pas se retrouver avec une rame venant en sens inverse.
En changeant de ligne après être passé sur le Bronx, la première constatation fut qu'en effet, on se retrouve un des rares blancs au milieu d'une rame à la majorité noire.
Lorsqu'on est habitué à circuler dans une ville où la population est très mélangée, cela ne fait aucune impression d'être entouré de toutes sortes de nationalités et de races. Mais là, cela fait quant même bizarre de se retrouver le seul blanc, à part deux ou trois autres, et d'avoir parfois l'impression qu'on vous regarde comme un oiseau rare. Je me suis dit, effectivement on a toujours des aprioris sur les autres, même si on se dit ouvert sur le monde. C'est quelque chose qu'il faut toujours garder en mémoire et travailler si on visite un endroit où c'est vous "l'étranger".

Bref, arrivé à l'arrêt, personne. J'appelle, il me donne un rdv que je ne comprends pas. Bien sur, lui il est du quartier et moi sans plan, bonjour pour trouver la rue et le poste de police dont il me parlait. J'en profitais pour regarder autour de moi et pour prendre quelques photos, même si je faisais quant même plus attention que d'habitude.

Dans le Bronx, comme dans Queens et Brooklyn, les lignes de métros sont aériennes. En venant sur cet arrêt, j'avais déjà pu jeter un coup d'oeil aux alentours. Un mélange d'immeubles bas, pas forcément des plus récents et des rues surtout très tranquilles à la différence de Manhattan.

Vue sur le métro


Après nous être enfin retrouvés, nous sommes allés chez lui en voiture. Il conduit comme un tarré!!! Je lui ai sorti (pardon pour ceux qui se sentiraient vexés), qu'il conduisait pire qu'un italien ou un français. Il a coupé je ne sais combien de double-lignes, grillé des feux rouges, tourné sans clignoter, passé s'en s'arrêter à des stop et encore moins des céder le passage, coupé la route à va savoir combien de voitures, même en sens inverse tout au long de la journée. De quoi ressortir avec un retrait de permis pour quelques années et des milliers à payer ;-)

Sinon, arrivé en un morceau, je pouvais enfin découvrir ce Bronx dont il m'avait tant parlé.
Il vit dans un quartier situé vers, mmmh, l'est ? Un quartier résidentiel très sympa. Pas de grands immeubles ici. Uniquement des maisons à deux étages au maximum.
En entrant chez lui, j'ai eu l'impression d'être plongé dans une sorte de reliquaire albano-catholique. Des drapeaux albanais, des livres et films de même, des photos de famille, beaucoup d'images et représentations du Christ, de la Vierge Marie et va savoir quel autres saints exposés sur chaque centimètre disponible. Pour préciser, il vit encore avec sa mère, mais en fait c'est sa mère qui vit chez lui. Si j'ai bien compris l'histoire de famille, elle l'a rejoint après la mort du père en Albanie. La décoration de l'appartement ferait malgré tout penser au contraire, mais je me suis retenu d'en faire le commentaire.

Si je suis passé chez lui, c'est qu'en fait nous devions réserver notre vol sur la Nouvelle-Orléans dans une semaine. Lorsque je l'ai connu au travail et qu'il m'a demandé, deux semaines après l'avoir connu, si il pouvait m'accompagner à Montréal; je me suis dit: heu.. ouais.. bon molo là, ça fait deux semaines qu'on se connait et à force de le voir parler sans arrêt en albanais au téléphone; il me faisait plus penser à un mafioso organisant son trafic, qu'à un respectable travailleur d'une banque.
Et oui, encore un apriori stupide. Je m'en rends parfaitement compte. Alors, voilà, samedi prochain nous partons sur la Louisiane pour trois jours. Je me réjouis de découvrir enfin cette ville, même si je sais qu'en dehors du centre, les traces de Kathrina sont largement visibles. Je ne sais pas trop si je vais aller faire du tourisme voyeur dans ces quartiers. On verra sur le moment.

Sinon, pour parler d'Anton, après les premières impressions de rentre-dedans et son côté dragueur à deux balles, il s'est avéré être quelqu'un avec qui j'ai plaisir à parler. Plusieurs points m'y ont aidé. Il parle bien sur couramment anglais (cela m'aide oh combien beaucoup pour apprendre autre chose que le vocabulaire bancaire), albanais, mais il se démerde aussi super bien en italien, espagnol (il prend des cours et je lui fais réviser ses leçons) et pas mal le français. De quoi rendre vert de jalousie pas mal de monde.
Il y a quelques mois je l'ai aidé à revoir son CV, car il a comme idée de venir travailler en Europe. Comme je le mentionnais déjà, j'ai été très surpris de voir quelqu'un qui veut venir travailler dans notre vieille Europe, lorsqu'on sait la quantité qui rêve de venir de ce côté-ci vivre le rêve américain (mais avec la crise va savoir...).
Bon, avec son parcours professionnel, je pense qu'il n'aurait pas trop de problèmes, surtout qu'il a déjà travaillé pour la Deutsche Bank (qu'il prononce très bien en allemand) et d'autres banques ici à New York. Moi, qui de mon côté, m'imagine parfois un avenir quelque part aux antipodes.. il faut vraiment que je révise le tout.

Nous sommes également montés sur le toit et on peut y voir bien sur le Bronx, mais aussi au loin Manhattan et l'Empire State Building qui ressort très clairement au milieu.


Je n'avais encore jamais eu l'occasion de voir les toits aux USA à part à travers les films. Ici, c'est pas le choix qui manque tout autour.



Dans mon immeuble, je n'ai pas droit à la multitude d'avertissements et autres, mais ici cela rempli un bon bout du mur.


Le coin poubelles ( pas celles des rues mais des immeubles). Au moins ici, à la différence de Manhattan, elles existent. C'est peut-être la raison de ma surprise d'en revoir... enfin.


En traversant le Bronx, le métro est omniprésent. Même si vivre à côté ne doit pas être de tout repos, l'aspect industriel m'a pas mal plu.


A la différence de la Little Italy de Manhattan, celle du Bronx est considérée comme la vraie. Ici, on entend vraiment de l'italien, du napolitain et un mélange italo-anglais à chaque coin de rue. Les mamas sont bien présentes et le café a le GOUT à café et pas à cette chose brune, à laquelle j'ai droit tous les jours.




Le Bronx est simplement, en tout cas dans cette partie, un Boro tout à fait fréquentable et pas une zone laissée à l'abandon


Anton m'a expliqué que le quartier est aussi peuplé d'une grande quantité d'albanais, qui semble-t-il, ont également décidé de venir s'installer ici. Ce qui fait que vous aurez des échoppes, des restaurants et autres, soit italiens, soit albanais.


Le marché.
Ici, ça gueulait carrément en italien et en quelque chose qui me semblait être ce mélange italo-anglais déjà entendu.


L'huile d'olive à un prix prohibitif, mais directement importée.


Après Little Italy, Anton m'a amené voir ce qu'il appelle gentiment le "zoo". Dans le routard, j'avais lu qu'on pouvait faire une visite dans le Bronx en s'y rendant. En effet, cette rue, la Fordham Road, ressemble à tout sauf à New York, ou simplement le quartier d'où je venais de sortir, à peine à 10 rues de distance.

Ici, c'est les enseignes habituelles, mais surtout une quantité de vendeurs de toutes sortes et une foule incroyable. On revient ici dans le quartier afro-latino-américain.

Sur le Grand Concourse du Bronx




Un tunnel urbain sous le métro

Depuis ici, j'ai pris le dernier arrêt de la ligne 4, à Woodlawn. On est relativement proche de la sortie nord de la ville de New York. Dans le quartier se trouve également un immense cimetière, il me semble l'un des plus grands de la ville, et plusieurs parcs, plus grands que le Central Park.
Au passage, après être passés devant le cimetière, je lui ai posé la question de savoir où il aimerait se faire enterrer, ou au moins sa mère.. Je sais, la question peut sembler saugrenue, mais lorsqu'on a de multiples attaches, celle-ci peut avoir son importance. Dans le cas de sa mère, c'est où son mari repose, ce qui veut dire en Albanie. Dans son cas, il ne le sait pas encore, mais effectivement, cela arrivera surement plus tard, au fil des années, famille aidant, etc...

Sinon, en prenant cette photo, ce que j'ai aimé, c'est l'impression de "rentrer" dans New York. C'est une chose à laquelle je n'ai jamais réellement été confrontée, car je suis arrivé presque chaque fois par avion, et bien sur il y a moins ce sentiment de passer une limite... La raison de sentiment ? Je l'ignore moi-même.


Une gare pour les rames de métro. Ici, on ne voit qu'une toute petite partie, mais l'ensemble fait plusieurs centaines de mètres de longueur.

En tant normal, je ne me serais pas arrêté pour prendre la photo, mais en voiture cela posait moins de problèmes. Ici, il n'y a rien.. Juste le métro, la gare du métro et des bâtiments commerciaux tous fermés et souvent d'en un piteux état. Ce quartier semble en partie abandonné et franchement lugubre.


Ecole avec terrain de jeux

De retour sur la Fordham Road


J'aurais bien voulu m'arrêter pour prendre des photos, mais tout compte fait, je sais pas si cela aurait franchement bien passé.




Et le vrai zoo, que pour finir, je n'aurai pas visité.
Je préfère avoir pu changer d'avis sur le Bronx. Découvrir que ce n'est pas uniquement un quartier dangereux et inhabitable. Il y a bien sur des problèmes; le niveau de vie y est bien plus bas qu'ailleurs, l'insécurité est une réalité et certains quartiers sont à éviter, mais, Anton m'a raconté, qu'après plus de 11 ans sur place, il n'avait jamais eu de problèmes et à force, on ne regarde plus cela autrement que comme faisant partie d'une autre facette de cette immense ville (plus de 1000 km2...).


Pour rentrer, j'ai pris le bus express et je ne suis pas mort écrasé par le bus retourné; mais au contraire, je suis arrivé chez moi en moins de temps que je ne le pensais. On en apprend chaque jour...